Zakouma et le Salamat
3000 km² de savanes et plaines inondables au sud-est du Tchad, 600 éléphants, girafes de Kordofan et rassemblements de grues couronnées de décembre à mi-avril.
Le parc national de Zakouma occupe 3054 km² au sud-est du Tchad, dans la région du Salamat, à environ 800 km par la route depuis N'Djamena. C'est une mosaïque de savanes arborées à acacias, de plaines inondables alimentées par le bassin du Bahr Salamat, et de pans d'argile qui retiennent l'eau bien après les pluies. Cette hydrologie particulière explique tout : à mesure que la saison sèche avance, la faune se concentre autour des points d'eau résiduels, et le parc devient l'un des terrains d'observation les plus denses d'Afrique centrale.
L'histoire récente de Zakouma est celle d'un sauvetage. Entre 2002 et 2010, le braconnage industriel a réduit la population d'éléphants de 4000 à moins de 450 individus. Depuis 2010, la gestion est confiée à African Parks en partenariat avec le gouvernement tchadien. Les pertes par braconnage sont devenues marginales, le troupeau remonte autour de 600 individus, et de nombreux jeunes éléphanteaux sont à nouveau visibles, ce qui n'avait plus été observé pendant des années. Cette stabilité retrouvée a permis le retour d'une faune complète : lions du groupe ouest-africain, girafes de Kordofan dont Zakouma abrite l'une des dernières grandes populations mondiales, buffles en hardes de plusieurs centaines, hippotragues, damalisques, cobes defassa, élands de Derby vers les marges.
L'ornithologie tient ici une place à part. Plus de 380 espèces sont recensées. En mars, les rassemblements de grues couronnées sur les plaines de Rigueik se comptent par milliers, mêlées aux pélicans blancs, marabouts, jabirus du Sénégal et tantales ibis. Les rapaces sont nombreux : aigles ravisseurs, bateleurs, vautours de Rüppell. Pour qui s'intéresse aux oiseaux, c'est un terrain qui justifie à lui seul le voyage.
Autour du parc, la région du Salamat est peuplée majoritairement d'Arabes Salamat éleveurs de zébus, de Sara agriculteurs, et de quelques communautés peules. Am Timan, chef-lieu régional à 90 km du parc, est une ville commerçante de brique crue où se tient un marché animé. Les villages riverains de Zakouma vivent de mil, de sorgho, de pêche dans les mares saisonnières et d'un peu d'élevage. Le parc emploie aujourd'hui plusieurs centaines de personnes localement, ce qui a profondément changé le rapport des communautés à la conservation.
Le rythme du séjour suit l'eau. À l'arrivée en décembre, les plaines sont encore vertes, la faune dispersée, les pistes parfois difficiles. En février-mars, les concentrations animales atteignent leur maximum, le thermomètre grimpe à 38-40 °C en journée. À partir de mi-avril, les premières pluies rendent les pistes impraticables et le parc ferme jusqu'à la saison suivante. Cette fenêtre courte, quatre mois par an, fait de Zakouma une destination à planifier longtemps à l'avance.
À découvrir
Les éléphants de Zakouma en mars. Le grand troupeau de 600 individus se déplace en bloc compact à travers les plaines de Rigueik et de Tinga. L'approche se fait à pied avec un ranger, à distance respectueuse.
Camp Nomade sous les acacias. Campement mobile démonté chaque année, installé près d'un point d'eau actif. Tentes safari spacieuses, douches chauffées au feu de bois, dîners à la lampe tempête, sorties à pied dès l'aube.
Les girafes de Kordofan. Sous-espèce devenue rare ailleurs en Afrique, ici visible quotidiennement en petits groupes dans les zones d'acacias clairs autour de Tinga.
Les concentrations d'oiseaux d'eau. Sur les mares résiduelles de Rigueik en février-mars, milliers de grues couronnées, pélicans, tantales ibis et marabouts rassemblés au même point d'eau au crépuscule.
Le marché d'Am Timan. À 90 km du parc, marché hebdomadaire où se croisent éleveurs arabes Salamat, commerçants soudanais et agriculteurs sara. Bonne étape sur la route retour vers N'Djamena.
Quand y aller
La fenêtre d'ouverture du parc va de mi-décembre à mi-avril, le reste de l'année les pistes sont impraticables et les infrastructures fermées. En décembre et janvier, les températures sont les plus clémentes, 18 °C la nuit et 30 à 32 °C en journée, avec une végétation encore verte et une faune dispersée. Février marque la transition : la faune commence à se concentrer autour des points d'eau, le climat reste agréable.
Mars est la période la plus dense en observations, avec les grandes concentrations d'éléphants et les rassemblements d'oiseaux, mais aussi la plus chaude, 38 à 40 °C en journée, nuits autour de 22 °C. Début avril, la chaleur s'intensifie encore avant les premières pluies, et le parc ferme dès que les pistes deviennent boueuses, généralement autour du 15 avril. Pour un premier voyage, nous orientons plutôt sur la seconde quinzaine de février ou la première de mars, bon compromis entre densité faunique et températures supportables.
Conseils pratiques
Compter trois jours pleins minimum dans le parc, idéalement quatre, pour alterner sorties matinales, retour au campement aux heures chaudes et sorties de fin d'après-midi. Moins de trois jours ne justifie pas la logistique d'accès. L'accès recommandé se fait par vol charter au départ de N'Djamena, environ 2h de vol jusqu'à la piste de Zakouma, opéré en saison par African Parks. L'arrivée par la route est possible mais demande deux jours pleins de piste depuis la capitale, à réserver aux voyageurs qui veulent traverser le pays.
L'hébergement se fait au Tinga Camp, lodge en dur avec bungalows et piscine, ouvert toute la saison, ou au Camp Nomade, campement mobile haut de gamme ouvert de février à avril. Zakouma se combine bien avec l'Ennedi pour un voyage de 12 à 15 jours qui couvre à la fois la faune de savane et les paysages sahariens, c'est la combinaison que nous proposons le plus souvent. Combinaison plus courte possible avec le Lac Tchad et Kanem pour rester sur 8-10 jours. La destination convient aux voyageurs naturalistes, ornithologues, photographes animaliers et amateurs de safaris hors des sentiers est-africains. Niveau de confort correct dans les deux lodges, mais le pays reste un terrain exigeant : chaleur, pistes, infrastructures limitées hors du parc.